L'agriculture, nourrir les français autrement

En dix ans, c’est plus d’un quart des exploitations agricoles qui ont disparu. Sur les 10 prochaines années, notre agriculture perdra encore 9 % de ses 872.000 emplois actuels et 40 % des agriculteurs partiront à la retraite.

Les agriculteurs encore en activité sont dans l’insécurité et doivent faire face à l’émergence d’un modèle industrialisé et financiarisé de l’agriculture, délocalisable au gré des opportunités avec une forte spéculation sur les cours agricoles et des salaires incertains : leurs revenus peuvent baisser de plus dun tiers dune année sur lautre !

 

Les crises alimentaires de 2007 et 2009 ont démontré que la volatilité excessive du prix des matières premières n’offre pas la stabilité nécessaire aux agriculteurs pour leur permettre de penser dans une perspective de long terme et de croire en l’avenir.

 

Notre modèle agricole est aujourd’hui bloqué avec une crise morale sans précédent : tous les 2 jours, 1 agriculteur se suicide en France.

 

Pourtant, l’histoire de notre pays le prouve : « A chaque fois que la société a donné une mission politique à lagriculture, les agriculteurs l’ont parfaitement remplie ».

 

Il est urgent d’avoir une véritable ambition partagée avec les agriculteurs qui occupent encore aujourd’hui  50% de notre territoire.

 

Les agriculteurs ont la capacité de relever l’un des plus grands défis des 30 prochaines années qui nous concerne tous : nourrir sainement et durablement les français.

 

En 2050, en France, nous serons 8 millions d'habitants de plus avec une espérance de vie de six ans plus longue qu’aujourd’hui.

 

Disposerons-nous des surfaces nécessaires pour satisfaire nos besoins vitaux alors que la France perd tous les 6-8 ans la surface agricole d’un département ?

 

La réponse est non : il sera impossible de nourrir et dalimenter en énergie et en matériaux les 70 millions de français en 2050 en conservant nos habitudes de consommation actuelles.

 

Moi, vous, vos enfants ou vos petits-enfants ne pourront plus avoir la même alimentation. L’assiette française, telle que nous la consommons encore, va devoir se transformer en profondeur.

 

Ce changement de notre régime alimentaire conditionne les modèles de production agricole et donc d'utilisation des terres.

 

Pour y parvenir, 3 défis sont à relever 

 

- Un défi culturel : un changement de l’assiette française doit nécessairement passer par une éducation au « manger autrement ».

Plus de 80% des exploitations agricoles sont à moins d’une heure d’un centre-ville. Le rôle social de l’agriculteur ne sera jamais aussi important que dans les années à venir pour créer ce lien entre agriculture et société. L‘agriculture française porte en elle l’image de la cuisine française basée sur la qualité et la diversité de ses produits. En tant que leader de la gastronomie au monde, la France devra impulser une refonte de la cuisine française et peut légitimement ouvrir cette nouvelle voie de la « gastro-diplomatie ».

 

 

- Un défi agronomique et numérique : le développement durable ne doit plus être une « norme imposée »  mais la seule option possible à moyen terme pour préserver la qualité de nos sols.

Un agriculteur est avant tout un « cultivateur » qui travaille la terre. Cette nouvelle assiette nécessitera une transformation en profondeur de notre paysage agricole. La  diversification des cultures et des variétés (polyculture) est indispensable pour concilier productivité et durabilité. 

Atteindre 90% des terres agricoles en production intégrée ou biologique d’ici 2050 est possible. Nous avons des atouts majeurs en termes d’innovation et de recherche agronomique : l’INRA est le premier organisme de recherche agronomique européen, le second au niveau mondial, et la maîtrise des données numériques agricoles offre un nouveau champ des possibles.

 

 

- Un défi européen : la France est le 1er pays producteur agricole européen et doit imposer sa voix pour permettre à nos entreprises agricoles de ne plus être disqualifiées de certains marchés en raison d’une réglementation et d’une fiscalité plus contraignantes que celles des autres pays producteurs européens.

Face à la concurrence du Brésil, de la Chine et de l’Inde, faire de l’Europe la première puissance agricole mondiale passe nécessairement par une harmonisation fiscale et légale.

 

La nécessité de redonner du sens au projet agricole passera par cette ambition commune de nourrir les français autrement.

 

En 2050, le métier d’agriculteur sera certainement différent d’aujourd’hui, comme il est très éloigné de ce qu’il était dans les années 60.  

 

En France, plus qu'ailleurs, la société regarde les agriculteurs comme des acteurs politiques garants de son identité et de son particularisme. 

 

Le temps de la Transition agricole est arrivé.

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