Le maintien du lien social par l'artisanat et le petit commerce en zones rurales

6 entreprises de proximité disparaissent en France chaque heure, 144 par jour, 50 000 par an… Derrière chacune de ces fermetures se cachent des causes très différentes et des effets plus ou moins profonds selon que ces fermetures interviennent en ville ou à la campagne.

La fermeture d’un boulanger dans le 8ème arrondissement de Marseille n’aura pas du tout le même effet que si cette même boulangerie se trouve dans le village de Cucuron. Or parmi les petites structures, ce sont bien les commerces de détail qui sont terrassés avec plus de 8500 fermetures de magasins en 2014, soit un niveau jamais enregistré en France.

 

Le commerce de proximité (entreprises de commerçants ou artisans de moins de 10 salariés) dans les zones rurales qui représentent la moitié des commerces du territoire national, recouvre une réalité humaine et sociale qui constitue un quasi service public. Pourtant, plus de la moitié des communes rurales françaises ne dispose plus d’aucun commerce de quotidienneté.

 

Or, le sujet du petit commerce recouvre en plus de celui de l’emploi, la question de la ruralité et doit nous pousser à refuser la pente sur laquelle nous sommes engagés et qui nous amènera à moyen terme à résumer la France à 11 agglomérations.

 

Dès lors, la capacité que nous aurons à permettre le maintien ou l’ouverture de commerces de proximité sur tout le territoire de la République dépend directement celle d’y pérenniser ni plus ni moins que la vie, les cultures qu’elles impliquent et l’équilibre nécessaire entre villes et campagnes.

 

A ce titre, le commerce de proximité doit être soutenu et disposer d’un programme d’accompagnement spécifique en termes de formation, de fiscalité et de réglementation.

 

Pour ce faire, il est urgent de mettre en place un plan ambitieux et courageux de maintien de ces activités par des mesures simples et efficaces dédiées aux petits commerces et aux artisans et souvent connues de tous mais bloquées depuis des années:

 

- Remplacer le crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) par une baisse directe du coût du travail.

 

- Permettre l’aménagement des délais de paiement fournisseurs et organismes publics et la garantie des délais de paiements grands comptes.

 

- Réviser le mode de calcul de l'impôt sur le revenu des travailleurs indépendants de sorte que les bénéfices réinvestis dans l'entreprise ne soient plus soumis à l'impôt sur le revenu.

 

Sur l’apprentissage :

 

- Le rétablissement pour toutes les entreprises de moins de 50 salariés qui forment un apprenti, de l'indemnité compensatrice et du crédit d'impôt apprentissage, au-delà de la première année.

 

- Remplacer la demande de dérogation à l’interdiction du travail de nuit de 4 à 6 heures du matin des jeunes mineurs par une déclaration.

 

- Porter la période d’essai du contrat d’apprentissage de 2 à 6 mois.

 

Cependant, s’en tenir à ces mesures de soutien nécessaires sera insuffisant si elles ne s’accompagnent pas d’un programme de réforme du commerce indépendant au travers d’un plan de formation et d’aide à l’équipement afin de permettre la modernisation de ces derniers et le développement de nouveaux services.

 

Le digital est en train d'imposer son hégémonie sur tous les secteurs du commerce : même si l'achat sur Internet ne représente encore que de 5 % à 10 % des ventes totales, le digital change en profondeur les comportements d'achat, y compris dans les magasins physiques.

 

Aujourd'hui, les trois quarts des consommateurs préparent leurs achats en ligne avant de se rendre en magasin et l'innovation marketing sur Internet permet de connaître de mieux en mieux les attentes des consommateurs et de les inciter à privilégier l'achat sur Internet.

 

La capacité des commerçants indépendants à mettre en place des outils de vente web ainsi que des services de livraison est devenu nécessaire pour accompagner le consommateur dans son cheminement et ses besoins.

 

Le réseau des Chambres de Commerce et d’Industrie doit être mobilisé au service de la formation des commerçants indépendants à ces nouvelles technologies – entre autres – ce plan de formation pouvant constituer la base d’un parcours qualifiant, voire diplômant.

 

A l’heure où la France se tourne vers son avenir, elle doit savoir de nouveau embrasser sa singularité, celle d’un pays rural, aux territoires multiples et riches de leurs savoir-faire. Maintenir et développer l’activité de nos zones rurales (qui représentent 60% de notre territoire) n’est ni un réflexe passéiste, ni une action dérisoire mais au contraire le pari d’un pays conscient de ses atouts et des nouvelles formes de modernité et d’équilibres structurels, économiques et finalement sociaux qu’ils permettent.

 

Loin de n’être qu’un ornement folklorique, le bar, le boulanger, l’épicier, le commerçant ou l’artisan des zones rurales sont autant d’éléments qui permettent le maintien du lien social et un socle sur lequel s’inscrit la garantie d’une certaine continuité et unité territoriales.

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