Les défis de l'agriculture connectée

La société est en cours de transformation digitale, touchant peu à peu tous les secteurs. L’agriculture est évidemment impactée, et il est indispensable que les producteurs s’emparent des outils numériques pour opérer cette mutation.

Les manifestations d’agriculteurs, preuves de leur désespérance croissante, montrent à quel point la France subit une crise agricole profonde.

 

Des défis de taille sont à relever :

- Nourrir la population 

- Respecter l’environnement 

- Garantir la sécurité alimentaire 

- Permettre aux agriculteurs d’avoir des exploitations rentables

 

La société est en cours de transformation digitale, touchant peu à peu tous les secteurs. L’agriculture est évidemment impactée, et il est indispensable que les producteurs s’emparent des outils numériques pour opérer cette mutation.

 

Alors que ce constat est partagé par de nombreux experts, politiquement cela semble oublié : deux textes actuellement en cours d’examen au parlement français ont pour objet l’agriculture et aucune disposition ne vise le numérique.

 

Le premier a pour objet la compétitivité de l’agriculture et des filières agro-alimentaires : comment en 2016 peut-on traiter de la compétitivité d’un secteur sans envisager les formidables opportunités du digital ?

 

Le second a pour objet l’ancrage local de l’alimentation : comment au regard des formidables succès de start-up telle que « La ruche qui dit oui », peut-on envisager la promotion des circuits courts sans penser à utiliser les outils de communication, d’information, et de promotion offerts par le numérique ?

 

Le think tank citoyen Renaissance Numérique, a publié en novembre 2015, après plus d’un an d’investigations, un livre blanc sur les défis de l’agriculture connectée dans une société numérique. Cet ouvrage comporte 16 propositions concrètes pour repenser la production, la distribution et l’alimentation dans une société digitalisée.

 

Ces propositions s’articulent autour de trois points fondamentaux.

 

1 – Garantir la couverture réseau nécessaire à l’agriculture connectée

 

Agriculture et Agriculteurs ne sont en rien déconnectés.

Les agriculteurs sont plutôt des « early adopters » en termes d’usage numérique, et de nouveaux outils connectés voient le jour (capteurs, drones, etc.…).

La problématique se concentre davantage sur la fracture numérique territoriale : en 2014, 12%[1] des parcelles n’avaient aucun accès réseau.

Les nouveaux objets connectés ne nécessitent pas tous un accès au haut débit, il faut donc assurer la mise en place, a minima, d’un réseau bas débit.

 

 

2 – La transformation numérique de l’agriculture dépasse largement les outils de production.

 

Au niveau de la distribution, il est indispensable de se saisir des outils numériques pour développer les circuits-courts et reconnecter actes de production et consommation permettant de libérer de la valeur pour l’agriculteur et le consommateur.

 

Au niveau de la consommation, les défis sont importants :

 

- Redonner confiance : 62% des français estiment manquer d’informations sur les produits qu’ils mangent et 60%[2] souhaitent que les entreprises françaises de l’industrie alimentaire fassent porter prioritairement leurs efforts sur la traçabilité des produits.

 

Pour y répondre, il faut établir une traçabilité totale et certaine des produits alimentaires afin de redonner confiance et valeur à notre alimentation.

- Apporter des réponses en termes de santé publique : en 2030, on estime qu’il y aura environ 30 % de femmes et 25% d’hommes en état d’obésité.

Aujourd’hui selon une étude[3] sur 100 décès en Europe 41 sont liés directement à l’alimentation, et 37 le sont indirectement.

Il y a urgence à trouver des solutions pour produire des aliments plus sains, à aider les consommateurs à s’alimenter de manière qualitative aussi bien au plan nutritionnel que gustatif.

L’essor de la « food tech » française, donne des pistes d’espoir au pays de la gastronomie.

 

 

3 – Rendre aux agriculteurs la maîtrise des données qu’ils récoltent

 

Dans une économie où l’utilisation des données, « big data », tend à se généraliser, il est essentiel, que les agriculteurs s’approprient la valeur générée par l’analyse des données, issues de leurs actes de production. Il ne s’agit pas de demander aux agriculteurs de devenir des « data-analysts » mais il faut trouver une forme d’organisation et de mutualisation des compétences requises.

 

Ainsi, au-delà d’être des conseillers techniques et des centrales d’achat, les coopératives doivent devenir des centres de traitement de données et des acteurs majeurs de la formation des agriculteurs, à défaut elles se feront concurrencer par des acteurs plus agiles.

 

 

Alors que de prime abord l’agriculture et le numérique semblent étrangers, comme issu de deux mondes antinomiques, c’est en confrontant l’agriculture au numérique que les défis rencontrés aujourd’hui pourront être relevés. La révolution numérique peut permettre un enrichissement de tous, apporter plus de transparence et de confiance et réintroduire de « l’humain » dans chaine alimentaire.

 

Le numérique est incontestablement  une chance à saisir pour l’agriculture.

 

 


[1] Enquête « Agrinautes-agrisurfeurs 2014 » BVA-TICAgri

 

[2] Les Français et l’alimentation, résultats des sondages réalisés par TNS Sofres pour l’Ania en mai 2013

 

[3]Etude menée par la chaire d'enseignement d'AgroParisTech ANCA

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