Une formation professionnelle qui profite d’abord à ceux qui en ont le plus besoin

Chaque année, la France dépense 1,5 % de son PIB dans la formation professionnelle et l’apprentissage, c’est à dire la somme de 32 milliards d’euros. Il s’agit plus d’une dépense que d’un investissement, car elle profite d’abord aux plus diplômés, aux salariés de moins de 50 ans et à ceux des grandes entreprises.

La réforme de 2014 a créé une disparité entre les PME et les grandes entreprises. Elle oblige les PME à former les salariés sur fonds propres, sous peine d’amendes lourdes. Les fonds mutualisés sont désormais réservés aux formations certifiantes. Mais les compétences nécessaires aux PME ne sont pas toutes certifiées, notamment dans le domaine des langues ou du numérique. En clair, plus une TPE/PME a besoin d’être aidée, plus elle sera exclue des dispositifs de financement.

 

 

Inadéquation avec les besoins du marché du travail, système de financement opaque, complexité administrative, méconnaissance des dispositifs par les chefs d’entreprises et les salariés, (69 % ne connaissent pas le CPF); la formation professionnelle en France ne profite pas aux plus fragiles. 66 % des formations sont suivies par des diplômés, contre 25 % par des non diplômés. (Sources INSEE)

 

 

Le taux d’accès à la formation augmente avec le niveau de qualification. Autrement dit, plus un salarié a besoin d’être formé, moins il aura accès au dispositif. Pire encore, les sans-emploi sont les plus défavorisés. 61 % des dépenses bénéficient aux actifs occupés contre 14 % pour les demandeurs d’emploi.

 

Il est temps d’inventer un nouveau partage de la formation professionnelle.

 

Pourquoi? Parce que le monde bouge à toute vitesse. Aujourd’hui, un salarié peut changer de métiers plusieurs fois dans sa vie. Les métiers changent vite eux aussi. La révolution numérique impose de nouvelles connaissances et des mises à niveaux de plus en plus fréquentes. Il est désormais indispensable de se former tout au long de sa vie professionnelle.

 

Dans cette course à la formation, il est urgent de favoriser les plus fragiles.

 

Selon l’OCDE (Editions OCDE, 21 août 2015) la France consacre d’importants moyens à la formation professionnelle des jeunes et, surtout, des adultes, mais le système est trop complexe et ses résultats sont insuffisants.

 

En Allemagne, les formations sont plus courtes et non certifiantes. Il existe 4 000 centres de formation contre 55 000 en France.

 

En Suède, la formation professionnelle est devenue une priorité nationale. 18,4 % des adultes participent chaque année à une formation contre 2,7 % en France. La formation professionnelle est en relation très étroite avec les besoins du marché et avec les partenaires sociaux. Un dispositif soutenu est développé en direction des chômeurs et des personnes en situation d’exclusion.

 

En Autriche, il existe un abattement fiscal sous forme de réduction du revenu imposable correspondant au montant des coûts de formation, considérés comme des frais professionnels.

 

Au Danemark, la dépense publique pour la formation professionnelle et l’apprentissage s’élève à 8, 3 % du PIB contre 1,5 % en France. Un effort particulier est déployé au soutien de la formation des chômeurs.

 

Aux Pays-Bas, les employeurs peuvent bénéficier d’une déduction partielle des impôts et cotisations sociales sur le salaire des coûts engagés par une entreprise formant des employés.

 

Au Royaume-Uni, les salariés bénéficient de conseils personnalisés sur les formations à suivre les plus adaptées. Un système de formation en ligne permet un accès à la formation aux publics les plus défavorisés.

 

On le voit. Des solutions existent. La France est en retard dans le domaine de la formation professionnelle. Il est urgent de connecter la formation initiale à la formation continue, de rapprocher le monde de l’enseignement du monde de l’entreprise, et de garantir l’égalité des droits à la formation pour les hommes et les femmes, les seniors et les jeunes, les actifs et les exclus.

 

Il est temps d’inventer les conditions d’un nouveau partage pour construire une formation professionnelle plus juste et plus efficace.

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